L'actualité culturelle de la mémoire et du patrimoine
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Ils ne sont plus nombreux à pouvoir témoigner de cette période mais Daniel NEVOT en fait partie. Rencontre avec un homme extraordinaire:
C'est un article du JDD qui avait attiré mon attention sur un bien curieux personnage, le "dernier survivant de Koufra" comme le baptisait le journaliste. A peine le temps de sauter sur mon téléphone et déjà celui-ci était reparti aux Etats-Unis . Car Daniel NEVOT est...américain, après avoir été Français. Grâce à l'équipe du Régiment de Marche du Tchad qui l'avait accueilli à Colmar, la trace de notre héros est bien vite retrouvée et c'est sa fille Patricia Johnson qui se charge de tout organiser. Quand "Dad" sera de retour en France, il répondra volontiers à une interview.
Le jour J, à l'heure H moins quelques minutes, nous nous donnons rendez-vous dans un grand hôtel parisien pour faire connaissance avec Daniel mais aussi avec son épouse, sa fille Patrica et son mari ainsi qu'un neveu qui, à ma grande surprise comprend mon anglais puisqu'il est Français...
1/2 heure de sport par jour
L'accueil est à la hauteur du bonhomme: simple, carré et direct. Quand je m'inquiète de la possible durée de l'interview(il a 92 ans...), je reçois un "Pfffffuuuuu" qui en dit long sur la santé de l'ancien adjudant-chef et un regard étonné de sa fille qui me rappelle que "ce matin, il a fait une demi-heure de sport".
L'interview commence donc dans la région de Troyes mais je devrais plutôt dire dans un coin de l'Histoire de France. Daniel n'a pas encore 18 ans quand il s'engage dans un régiment du Train et est affecté sur la Ligne Maginot, nous sommes en 1938 et déjà l'Europe s'inquiète. Quand les hostilités se déclenchent, le jeune Daniel fait partie d'une compagnie qui est engagée dans la constitution du corps expéditionnaire qui doit se rendre en Norvège pour "couper la route du fer". Ce sera donc Narvik aux côtés de la 13e Demi-Brigade de Légion Etrangère puis un retour en Angleterre dans des conditions chaotiques, la compagnie ayant été laissée sur place pour détruire les matériels qui ne pouvaient être rembarqués et...oubliée par les bateaux de la Force. Des barques de pêcheurs feront l'affaire pour atteindre les navires anglais au large.
Numéro 183
De retour en Angleterre, la soif d'aventure de Daniel ne s'est pas éteinte, aussi s'engage t-il auprès des Français Libres sous le numéro 183 et prend t-il part à l'expédition africaine de De Gaulle. Rappellons-le Daniel n'est que 2e classe mais sa réputation est déjà bien établie : volontaire pour tout et surtout les missions dangereuses. Grâce à ce caractère bien trempé, il se retrouve bien vite aux côtés du colonel Leclerc, un inconnu pour tous ces jeunes volontaires "Nous ne le connaissions pas, nous n'en n'avions jamais entendu parler mais dès les premiers mots, nous avons su que c'était un chef" affirme Daniel. Responsable de la "popote" de l'Etat-Major, il peut témoigner de la grandeur du Général Leclerc: un mot pour chacun, Leclerc c'était plus qu'un chef c'était un ami, un frère d'armes. Et la gorge se noue quand on évoque Koufra. Ici la relation n'est pas grandiloquente, "il nous a tous réunis daprès la reddition de la garnison et nous a fait promettre de ne pas cesser le combat, nous étions si jeunes. Tout le monde l'a suivi sans hésiter". Daniel sera fait 1ere classe à Koufra après deux ans de guerre...
L'interview touche à sa fin car toute la famille doit se rendre à Colmar, à l'invitation du Colonel François, le chef de corps du Régiment de Marche du Tchad qui commémore Koufra, l'occasion pour Daniel de se replonger dans cette amitié d'armes qui ne l'a jamais quittée et qu'il partagera avec ses camarades marsouins pendant plus de 15 ans.