L'actualité culturelle de la mémoire et du patrimoine
L'exposition "Images des Français et des Roumains dans la Grande Guerre" installée dans le hall d'honneur de la résidence de l'ambassadeur Sabin Pop - Décembre 2006
En épousant une citoyenne de Roumanie, on épouse aussi le pays qui l’a vu naître surtout quand tout, dans son histoire récente, s’évertue à rendre évidents les signes plus anodins de l’aventure commune de nos deux pays. Entamée sous Napoléon III, véritable bienfaiteur politique qui va œuvrer à la construction de l’Etat Roumain moderne, l’histoire d’amour va se prolonger et connaître comme toutes les passions, des hauts, des bas, et pendant plus de cinquante ans, de bien curieux arrangements.
Mais il est sujet sur lequel Français et Roumains ne sont jamais en discorde, c’est sur le soutien militaire qui a permis à la Roumanie de retrouver, après le traité de Trianon, les territoires confisqués par les Austro-Hongrois . En Roumanie, ce soutien à un nom et il s’appelle Henri-Mathias Berthelot.
La rue Henri-Mathias Berthelot, général français dans le 1er arrondissement de Bucarest (c)ECPAD/F.Rouquet
Lui-même citoyen d’honneur de Roumanie, une commune de Transylvanie, un lycée, une avenue de la capitale, plusieurs rues et places portent son nom en témoignage de la reconnaissance que lui exprime un pays tout entier.
La Transylvanie, c’est un peu l’Alsace-Lorraine des Roumains. Quand on habite sur une frontière, on n’a pas toujours l’Histoire que l’on mérite et c’est en parcourant la campagne de cette province que les traces (et le souvenir) de «Papa Berthelot » sont sinon les plus visibles du moins les plus prégnantes.
Afin de rendre justice à cet illustre inconnu en France, sauf peut-être du côté de Mort-Homme repris alors qu’il commandait le 32e corps à Verdun, où à Feurs, près de Saint Etienne, son village natal, j’ai donc entrepris une quête mémorielle qui m’a entraîné bien au-delà de mes espérances.
Elle m’a conduit sur des chemins inattendus et m’a permis de rencontrer des personnes que je n’aurais sans doute jamais croisées sans la personnalité à la fois simple et attachante du Général Berthelot. Car il faut dire qu’autour de son imposante carrure se pressent universitaires impeccables, cousins passionnés, historiens (érudits ou amateurs), ou encore collectionneurs éclairés et béotiens en passe de conversion.
Un jour d’automne 2006, alors qu’effectuant une recherche à la demande du directeur du Musée militaire de Bucarest qui voulait donner un éclat particulier aux cérémonies commémoratives du 90e anniversaire de l’aide militaire de la France à sa « petite sœur des Balkans », j’ai entré le mot « Roumanie » dans la base de données de l’ECPAD en même temps que j’adressais la même requête au Colonel Guelton, chef du département Terre du service historique de la Défense.
Moins de 30 secondes plus tard, j’ai eu le plaisir de voir pratiquement « en chair et en os » , LE général Berthelot que 90 ans de patiente sauvegarde avait permis de maintenir en vie audiovisuelle. Le bonhomme était là, aussi ventripotent et sympathique que le décrivaient la Reine Marie ou le Comte de St Aulaire. Mais en plongeant au cœur de ces archives, l’autre facette du personnage m’est apparue comme une évidence : si les soldats roumains avaient surnommé un général français « Papa » c’est sans doute qu’il le méritait au plus haut point. A voir sa mine réjouie lors du défilé impeccable de « ses » troupes devant le roi Ferdinand et son air anxieux, comme le meilleur élève de la classe qui se demande si cette fois encore il va être à la hauteur, devant Albert Thomas venu en inspection, on se dit que ce Berthelot là aurait gagné à être connu chez nous, en France.
Soldats français et roumains dans leurs retranchements sur la ligne de front moldave en 1916. (c) Musée militaire National Ferdinand 1er - Bucarest
Avec l’aide d’une poignée de passionnés dont mon épouse Marcela, un petit film et une exposition de photographies ont bien vite pris le chemin de la Roumanie en marquant une première étape dans le cadre somptueux de l’hôtel de Béhague. C’est en 2006, l’ambassadeur de Roumanie en France, Sabin Pop accepte en effet d’ouvrir son ambassade à ce projet culturel. Le soir du 1er décembre, jour de la fête nationale roumaine qui marque la réunification de 1918, plus de 500 personnes ont pu assister à la projection du film « Le Pain et le Sel » dans un silence impressionnant, oubliant même (un instant) de dévorer les traditionnels « sarmale ».
Grâce à une étoite collaboration avec le SHD, l'exposition organisée par l'association de la presse d'Europe centrale et orientale et l'ECPAD est laissée en place et sert de cadre à la présentation du numéro spécial "France -Roumanie" de la RHA. Une initiative saluée par tous comme en témoigne la présence des plus hauts représentants instutionnels à ce lancement.
La présentation du numéro spécial "France-Roumanie" de la Revue Historique des Armées dans le salon doré de l'ambassade de Roumanie en janvier 2007. Au premier plan, le contrôleur général des Armées Bodin alors directeur de la mémoire, du patrimoine et des archives.
6 mois plus tard, grâce au comité directeur de l’Institut d’études politiques et de Défense Roumain link, une conférence retransmise sur les ondes de Radio France Internationale, une exposition de photographies et une projection accueillies par le cercle national militaire ansi qu'une émission spéciale sur la télévision publique TVR link permettent d’ancrer le projet en Roumanie malgré un certain scepticisme de l’ambassade de France qui ne compte pas encore dans ses rangs ni l'ambassadeur Henri Paul, ni le lieutenant-colonel Le Guilloux.
L'ECPAD, maître d'oeuvre du projet depuis sa création, envoie une délégation qui se déplacera grâce à la compagnie aérienne TAROM et de sa représentation française dirigée par Gabriela Oproiu. Dans des délais assez contraints, Violaine Challéat, François Rouquet et Edouard Paté vont installer une exposition de 40 photographies, suscitant l'admiration des 5 élèves-officiers roumains qui avaient pour mission de les seconder...
L'assistance venue nombreuse à l'invitation du Général Ionescu, directeur de l'ISPAIM et des professeurs Otu et Iosipescu éminents historiiens roumains. Bucarest août 2007 (c) JLM