Il est bien là, le sac en bandoulière, les béquilles crâneuses et le sourire aux lèvres…
« Bonsoir ! C’est ici que je dois mettre les KB ? Et les bulletins d’abonnement ? »
« Bonsoir M. ! Oui, c’est ici, pose-les sur la table »
Deux minutes plus tard, mission remplie car M. est en mission. Pas seulement pour distribuer ses KB et ses bulletins d’abonnement mais surtout pour rendre visible le combat de toute une vie. De cette jambe qui a créé un vide, il en a fait une marque de courage, loin des décorations et de la gloire comme il aime à le rappeler.
Pour lui, c’est un grand jour. Son histoire, il va la revivre sur un grand écran. Un peu anesthésié par l’enjeu et par la vue d’une salle comble, il aurait bien envie de s’enfoncer encore plus dans son fauteuil. Mais il tient bon même lorsque je l’interpelle et que je lui rappelle que c’est grâce à lui que nous sommes tous là ce soir.
Car l’histoire de M. que nous découvrons c’est un peu celle de tous nos blessés qui, après avoir été touchés dans leur chair, entament un combat bien plus long et bien plus difficile, celui de la reconstruction. M. c’est un peu un compagnon du devoir : il fait le tour des consciences avec son accent polonais, sa gueule d’ange et son unique jambe. Et il parle, avec ses mots…Il parle de la souffrance, de l’incompréhension, lui qui s’était engagé pour voir « ce que c’était la guerre…en vrai ! »
Il parle de sa détermination retrouvée, de sa femme partie et de son fils toujours là. M. N’est pas un ancien d’Indochine ou d’Algérie. M. ne s’est pas battu contre les communistes ou contre les fells.
M. a simplement mis un casque bleu sur son béret vert de légionnaire parachutiste et s’est lancé à l’aventure avec l’insouciance de ses 25 ans.
Un jour d’hiver, sur l’aérodrome de Sarajevo, un morceau d’acier brûlant lui a conféré un drôle de statut d’ambassadeur mais il assume…et après quelques années d’errance, il a saisi la main que lui tendaient ses camarades et maintenant son tour est venu de s’occuper des autres.
Comment s’étonner alors que parmi tous ses frères d’armes il s’en trouva quelques uns, généraux, anciens ministres, sénateurs,députés, journalistes ou anonymes qui ont forcé le destin pour faire de ce combat une loi contre le dogme qui prévalait à l’époque. A l’unanimité, la loi fut votée…
« Français par le sang versé, histoire d'une loi ».Réalisation: Marcela Feraru.
Montage : Michel Quentric.
Images : Képi-Blanc, Jean Vilain, Jean-Paul Pigeot.
Durée: 52'.
Producteur Emmanuel Migeot (Kilaohm Productions) - Patrick Buisson et Anne Grolleron (Histoire).Avec la participation de la Fédération des sociétés d'anciens de la Légion étrangère
Témoins : Mariusz Nowakowsky, blessé à Sarajevo en 1993; Joao Ribeiro de Almeida, blessé en Côte d'Ivoire en 2003; Jia wei Zhang, blessé en Afghanistan en 2010. Général (2S) Jean- Claude Coulon - Marceau Long (Conseiller d'Etat) -Thierry Mariani (Ministre chargé des Transports) - Jean-Claude Narcy (Journaliste) - Jean-François Picheral (Sénateur).